Anne de Rozières "Profession Rédactrice"

Rédaction, conception, conseil éditorial, formation en orthographe

Feuilleton : « Profession casseur (de marché) », épisode 2

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Suite du feuilleton commencé hier : voici donc le message que j’ai envoyé à ce monsieur qui facture « 10 € pour un article de 300 mots, 15 € pour un maximum de 600 mots, 20 € pour monter jusqu’à plus de 800 mots, au-delà merci de me demander mes tarifs. »

Bonjour Monsieur,

je suis effectivement allée visiter votre profil, par curiosité après avoir lu votre offre sur le groupe Xxxx ainsi que la réponse de Yyyy Zzzz qui annonçait, ou plutôt dénonçait – à juste titre – vos tarifs.

Je n’arrive pas à comprendre comment vous arrivez à gagner votre vie, à moins de sous-traiter à Madagascar… Je me trompe ? Si oui, alors expliquez-moi comment vous faites ! Ou plutôt, comment vous comptez faire pour durer…

A ce prix-là, il y a fort à parier en effet que d’ici quelques mois, comme beaucoup de vos pairs, vous soyez obligé de mettre la clé sous la porte et de passer à autre chose – ce qui après tout vous regarde, vous et vous seul. Mais ce faisant, vous pourrez également mettre à votre bilan pas mal de dégâts sur le marché – et ça, en revanche, ça me regarde, ainsi que mes confrères et consœurs.

A pratiquer un tel dumping, vous ne rendez en effet service à personne :
– ni à vous-même, qui engrangez peut-être des contrats à court terme mais ne pouvez espérer tenir longtemps (je me répète mais c’est quand même important),
– ni à vos clients, à qui vous ne pouvez matériellement pas fournir autre chose qu’un travail vite expédié, pour ne pas dire bâclé,
– ni à nous, les rédacteurs professionnels, vers qui les clients déçus finissent toujours par se tourner, mais amputés d’une partie de leur budget (d’où âpres négociations à la baisse, que nous finissons par accepter) et légitimement méfiants parce que « chat échaudé craint l’eau froide », on ne peut pas le leur reprocher…

Un détail supplémentaire, s’il en était besoin, pour corroborer ce que j’avance : votre rapidité à m’envoyer votre offre après ma visite. Eh oui, pour être rentable, vous n’avez pas une minute à perdre. Or, si vous aviez pu la perdre, cette minute, pour jeter un œil à mon profil, vous vous seriez aperçu qu’étant moi-même rédactrice, je n’ai aucun besoin d’un rédacteur !

A moins que, peut-être, vous n’ayez eu l’intention de me proposer vos services en tant que sous-traitant ? Mais alors, pour me le faire comprendre, il aurait été bon de formuler différemment votre offre. Cela s’appelle l’adéquation du texte à la cible, et cela fait partie du B.A.BA du métier de rédacteur. Mais c’est vrai, vous n’avez pas le temps, ce ne serait pas rentable ! Rendez-vous compte, pour un peu j’allais oublier que vous n’avez pas, mais alors vraiment pas, une seule minute à perdre… Il faut que ça dépote !

Revenons à nos moutons : s’il devait m’arriver de sous-traiter, je m’adresserais à un confrère ou une consœur de confiance, dont je connaîtrais le travail… et surtout pratiquant les tarifs du marché, à la fois par honnêteté vis-à-vis dudit marché, et pour avoir une garantie de qualité.

Vous avez peut-être du talent, je n’en sais rien.
Si c’est le cas, vous le bradez (c’est dommage) et par la même occasion vous bradez le nôtre (c’est grave).
Si ce n’est pas le cas, après tout profitez-en, vous vous ferez peut-être un peu d’argent pendant quelques mois, ce sera toujours ça de pris sur l’adversaire.
Mais dans les deux cas, notre profession ne vous remercie pas.

Avec toute ma consternation,

Anne de Rozières

J’ai reçu une réponse dans laquelle (vous n’allez pas me croire…) ce monsieur m’a très clairement ri au nez.

Alors d’accord, je le concède, je me suis laissée aller à un peu d’ironie, par moments ! A moquerie, moquerie et demie, peut-être…?

Franchement, je ne le crois pas : même si j’avais utilisé un autre ton, il y a fort à parier que je n’aurais pas pu m’attendre à autre chose… De plus je suis sans aucune illusion sur les effets de mon coup de gueule.

En tout cas, au moins, j’ai mis les choses au clair, pour lui et pour tous les autres, et ça, ça fait plaisir. Après… « que sera sera » !

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4 commentaires»

  Laurence Perchet wrote @

Anne,
je ne suis pas étonnée outre mesure de la réaction de ton casseur de marché. Il faut vraiment être défoncé pour proposer ce qu’il propose, et donc peut accessible à un raisonnement logique et cohérent. Tu te bats contre des moulins à vent, même si je comprends parfaitement ta démarche, et la soutiens intellectuellement. Ceux qui acceptent ce type de prestations sont à mettre dans le même panier que ceux qui les proposent. Voilà le fond de ma pensée Anne !

  Anne de Rozières wrote @

Bien d’accord avec toi, Laurence. Comme je le disais, je me suis fait plaisir, ça fait du bien de pousser un coup de gueule de temps en temps plutôt que de ruminer dans son coin. Quant à changer quoi que ce soit, autant faire pipi dans un stradivarius…

  cabaret wrote @

Bonjour Anne,
je suis le Yann de Yyyy Zzzz.
Que vous a-t-il répondu ?
Je pense effectivement que cela ne fera pas évoluer son offre. En revanche, nos réactions (et votre coup de gueule principalement) ont le mérite de dire à la face de viadeo et des annonceurs éventuels ce cette proposition a d’inhabituel, voire de suspect, d’un point de vue qui n’est pas le plus inintéressant puisque c’est celui d’autres rédacteurs pas forcément les plus fantaisistes. La consistance de vos propres profil et proposition de services en témoignant.
Il y a cependant un danger quand on développe trop longuement, c’est à mon avis de risquer de basculer, aux yeux des clients potentiels, du corporate au corporatisme épidermique et de donner l’impression contre productive que l’on a un peu que ça à faire. (Toi même ! pourrait-on me dire en lisant ces lignes.)
Il y a eu récemment des échanges extrêmement désagréables entre rédacteurs qui se faisaient plaisir et n’avaient pas peur de déraper. Evelyne et Lionel, si vous nous regardez…
Mais votre réponse n’a rien à voir avec ces dérapages et je vous remercie une fois encore d’avoir tenté d’argumenter auprès d’un rédacteur venant d’une autre planète.
Cordialement,

Yann

ps : chouette blog!

  Anne de Rozières wrote @

Bonjour Yann, bienvenue sur ce blog et merci de vos gentilles appréciations.
Comme vous, je pense en effet qu’il faut maintenant passer à autre chose, car le risque que vous soulignez est bien réel.
Je me réserve tout de même la possibilité, dans un futur billet, de démontrer « mathématiquement » en quoi de tels tarifs sont irréalistes. Je l’avais d’ailleurs déjà fait sur je ne sais plus quel groupe Viadeo…
Je suis passée au travers des dérapages, je n’ai pas le souvenir de les avoir vus ! Il est vrai que je ne vais pas tous les jours sur Viadeo.
En tout cas, revenez ici quand vous voulez ! 🙂


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